moodies # selfie mon ami

Publié le : 25/06/2017 11:29:52
l'instant blog

moodies # selfie mon ami

Je selfie, tu selfies, nous selfions tous… décryptage du phénomène avec une experte

l'instant blog par Valérie Journois

Il y a quelques semaines, en écoutant Elsa Godart, on a appris plein de choses sur ce que la selfie addiction signifiait. Cette brillantissime philosophe et psychanalyste venait présenter en auteur son dernier ouvrage : «Je selfie, donc je suis». Son speech livré à la façon d’un pitch pour Tedx retransmis en direct sur les réseaux sociaux était si érudit et si dense que sans nos petites notes on aurait certainement oublié l’essentiel. Depuis on a relu, on a pris du recul… Feed back!

Ere technologique oblige, Demain, plus encore qu’Aujourd’hui, sera hyper connecté. Les réseaux sociaux sont un Pouvoir et chacun de nous est devenu un média.

Nos profils, nos posts et nos likes contiennent de l’info que l’on édite, pour qu’elle soit lue, vue et qu’elle circule. Désormais, notre vie se vit en totale transparence : avec le selfie l’intime (in comme à l’intérieur de soi) laisse la place à l’«extime » (ex comme à l’extérieur de soi)

C’est une révolution sur le plan humain. Nos repères Temps sont chamboulés: nous sommes disponibles H24, et nous vivons tout à 300%. Sous le règne de l’instantané et du tout, tout de suite, Now ! En clair, pour moi c’est Ici et maintenant que ça se passe…. Et je grave l’instant, avec un selfie.

Le hic, c’est que cette représentation de soi n’est pas rationnelle, c’est une image que l’on (se) créée. Toujours est-il que cette représentation de soi est éphémère. Le selfie est tel un avatar. Un avatar supermarketé. Parce qu’avec le selfie, et les likes tant espérés, on ne fait ni plus ni moins que du marketing de soi, du self branding comme disent les pros. Pour une célébrité éphémère et virtuelle. Au XXIè siècle, on vit à la recherche du like, parce qu'être “c’est être liké”. Pas de jugement de valeur là-dessous, c’est un simple constat. La vie 2.0 c’est comme ça!

On peut aussi voir dans ce culte du selfie une révolution esthétique et de nouveaux codes de l’art, à travers ce concept  2.0 de l’autoportrait. Ou la révélation d’une nouvelle approche érotique du fait de ce sentiment de jouissance que se photographier sous toutes les couture peut procurer. Ou bien aussi un symbole de rejet de la morale ou de l’éthique tant l’absence de distanciation est flagrante, tant la réalisation de selfie sans prise en compte de l’environnement peut-être déplacée voire irrespectueuse. Alors voilà, nous, on est bien d’accord avec Elsa Godart quand elle nous dit que le « je pense donc je suis », c’est bien fini et qu’aujourd’hui, c’est « je selfie donc je suis »

Que des garde-fous nous empêchent tous… de devenir fous!

Je selfie donc je suis. Les métamorphoses du moi à l'ère du virtuel, Elsa Godart, Albin Michel.